Les femmes et l'alcool : à votre santé ?

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Publication Date: 
mec, 2012-06-06

Selon Nancy Black, directrice des troubles concomitants au St. Joseph’s Care Group à Thunber Bay : « La toxicomanie est dans l’ombre à cause de la stigmatisation. Elle est vue comme une question de mauvais choix, de volonté ou de manque de volonté. La santé mentale a fait l’objet d’un leadership national pour lutter contre la stigmatisation et la toxicomanie aurait besoin d’une réaction nationale semblable. Personne ne prend la parole.»

Elle a raison. La santé mentale a eu de nombreux défenseurs éminents, le plus connu étant l’ancien ministre fédéral des Finances, Michael Wilson. Pendant des années. M. Wilson a parlé du décès de son fils, Cameron, qui s’était suicidé. Au fil du temps, de nombreuses familles se sont jointes à lui et ont raconté leur propre histoire de perte d’un être cher.

La toxicomanie a besoin de défenseurs semblables : des personnes en vue qui sont prêtes à  endosser la cause. Nous sommes depuis longtemps dus pour une campagne contre la stigmatisation. Les gens arrivent à vaincre la toxicomanie et à être bien. Ces personnes doivent parler et être écoutées.

Qui jouera le rôle de Michael Wilson? Qui assureront les rôles de soutien? Avec une convergence de voix, tant pourrait être gagné. J’ai hâte au jour où « Jennifer » pourra me parler, officiellement, sous son vrai nom.

J’attends aussi avec impatience le temps où des gouvernements favorables à l’économie de marché prêteront plus d’attention aux coûts réels des problèmes liés à l’alcool. Prenons le système de traitement. Lorsqu’il est question d’un réseau de traitement entièrement intégré, la structure essentielle n’existe pas au Canada. Vous cherchez de l’aide? Trop souvent, l’aide trouvée dépendra du lieu où vous vivez ou des personnes que vous connaissez. L’attention accordée à la consommation de substances problématiques est inadéquate; les services spécialisés manquent de financement et sont mal coordonnés. Selon Nancy Black, à Thunder Bay : « L’infrastructure bâtie il y a 20 ans n’est pas suffisante pour relever les défis actuels. Chaque système fait de son mieux, mais il n’y a pas de réponse coordonnée et intégrée à ce besoin social. Il n’y a pas non plus de mandat d’action. Nous avons besoin de nouvelles ressources. »

Une patate chaude

Du point de vue de la politique, l’alcool est une patate chaude : qui veut recevoir les retombées d’être allé jouer avec notre drogue préférée ou avec les problèmes qui y sont associés? Très peu de gouvernements, semble-t-il. Seulement deux provinces ont des stratégies en place relativement à l’alcool : l’Alberta et la Nouvelle-Écosse.

La bonne nouvelle? L’an dernier, les premières directives de consommation d’alcool à faible risque du Canada ont obtenu le feu vert. Selon Michel Perron, premier dirigeant du Centre canadien de lutte contre l’alcoolisme et les toxicomanies (CCLAT), qui a supervisé l’élaboration des directives : « Si un pays a un problème qui lui coûte 14 milliards de dollars par année et que ce problème découle en grande partie de l’utilisation d’un produit légal, la première étape consiste à expliquer comment le produit peut être utilisé et comment diminuer ce coût évitable. »

Ayant mis plus de deux ans à prendre forme, les directives sont importantes, car elles étaient la priorité de la Stratégie nationale sur l’alcool, qui constitue un plan directeur intelligent qui n’est toujours pas entièrement sanctionné par le gouvernement fédéral. La stratégie a été établie en 2007 par un groupe d’experts réuni par le CCLAT, Santé Canada et ce qui s’appelait alors la Commission albertaine contre l’alcool et les toxicomanies. Ce groupe, de pair avec des représentants des services de santé publique, des fabricants d’alcool, des agences de traitement et des organismes de réglementation de l’alcool ont publié le document intitulé  Réduire les méfaits liés à l’alcool au Canada : Vers une culture de modération — Recommandations en vue d’une stratégie nationale sur l’alcool. Cette publication représente un effort marquant avec la formulation de 41 recommandations.

Le Canada compte plus que sa juste part de brillants chercheurs et chercheuses travaillant sur le dossier de l’alcool. Le plus connu est sans doute M. Rehm du CTSM et il ne mâche pas ses mots. Il cite une longue liste de pays qui ont fait de la politique sur l’alcool une priorité : la Suède, la Thaïlande, la France, l’Afrique du Sud et l’Irlande pour n’en nommer que quelques-uns. Jürgen Rehm affirme : « Du point de vue de la science, l’alcool est ce qui cause le plus de dommages dans notre société. À moins que l’on ne commence à voir un leadership en matière de politique sur l’alcool, notre espérance de vie va diminuer par rapport à celle d’autres pays. Nous devrions agir sur les taxes, les prix, la publicité et la disponibilité générale de l’alcool. Le Canada est en train de passer complètement à côté du problème de consommation d’alcool.

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