Les femmes et l'alcool : à votre santé ?

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Publication Date: 
mec, 2012-06-06

« Est-ce que les filles tentent de suivre les garçons? » demande Edith Sullivan, chercheuse à la Standford School of Medecine. La quantité et la fréquence peuvent être mortels pour les buveurs débutants. Ajouter l’alcool au cerveau en développement compliquera probablement la trajectoire normale du développement. Le risque que les fonctions cognitives et cérébrales soient touchées reste bien après qu’une jeune personne s’est remise de sa cuite.

Le traumatisme

Edith Sullivan, qui a beaucoup étudié la structure du cerveau des alcooliques, est certaine que ce que l’on appelle le « télescopage » est réel : « Lorsqu’elles deviennent alcooliques, les femmes semblent devenir dépendantes plus rapidement que les hommes. Consommation pour consommation, la situation est pire pour les femmes. »

Le genre est une valeur prédictive très forte de la consommation d’alcool tout comme le traumatisme. Il existe un projet révolutionnaire : l’étude internationale GENACIS — Gender, Alcohol and Culture: An International Study. Comptant plus de 40 pays participants, ce projet constitue une occasion extraordinaire pour améliorer notre compréhension des effets du genre et de la culture sur la consommation d’alcool des hommes et des femmes. Sharon Wilsnack, qui supervise le projet GENACIS, est aussi l’auteure principale de l’étude menée dans le monde depuis le plus grand nombre d’années sur les femmes et l’alcool, la National Study of Life and Health Experiences of Women. Entre 1981 et 2001, elle et son équipe ont interviewé les mêmes femmes tous les cinq ans. L’une de leurs conclusions : la valeur prédictive la plus forte d’une consommation d’alcool tardive est d’avoir subi des sévices sexuels pendant l’enfance. Selon Sharon Wilsnack : « Cela a un effet néfaste croissant au cours de la vie des femmes. »

« La question centrale n’est pas : « Qu’est-ce qui ne va pas avec cette femme? », mais plutôt : « Que lui est-il arrivé? » C’est Nancy Poole, directrice de la recherche et de l’application des connaissances au Centre d’excellence pour la santé des femmes de la Colombie-Britannique, qui parle ainsi. Comptant plus de 30 ans d’expérience dans le domaine des toxicomanies, Mme Pool déborde d’énergie et participe à une douzaine de projets, y compris un nouveau livre sur les traumatismes. Elle parle de l’importance de ce qu’on appelle dans le domaine les soins sensibles aux traumatismes (trauma-informed care), qui accordent du crédit au passé ou au présent de la femme, et au rôle que celui-ci joue dans sa toxicomanie. « Nous ratons la plus importante partie de l’histoire, précise Nancy Poole, si nous ne faisons pas le lien entre la toxicomanie et le reste de la vie de cette femme. »

Si vous vous rendez au centre de traitement le plus reconnu de tous les centres, celui de Hazeldon, à l’extérieur de Minneapolis, vous entendrez un discours semblable. Brenda Servais est conseillère auprès des 16 à 21 ans, et elle ne mâche pas ses mots : « Un traumatisme? Pas dans tous les cas, mais dans un très grand nombre. Il y a beaucoup de traumatismes sexuels, que ce soit arrivé quand elles étaient à jeun ou sous l’influence de l’alcool. Beaucoup de viols. Bien sûr, des cas de troubles de stress post-traumatique. On observe également une augmentation de la consommation juste après l’événement. »

Le marché devenu rose

Une chose est indéniable : les femmes sont devenues un important marché cible de l’industrie des boissons alcoolisées. Il n’y a qu’à regarder les noms de marques : Mike’s Hard Pink Lemonade (limonade rose crue de Mike) et Smirnoff Ice Light, ou MommyJuice (jus de maman) et Stepping Up to the Plate (assumer ses responsabilités (avec une étiquette affichant une chaussure à talon très haut)) pour les vins. On trouve des vodkas aromatisées aux baies, Vex Strawberry Smoothies, et des coolers (panachés) aux saveurs de kiwi mangue, pomme verte et raisin sauvage.

Le pouvoir d’achat des femmes est en hausse depuis des décennies et leur pouvoir en matière de prise de décisions l’est aussi. Ces marques se battent pour être la boisson que les femmes choisissent dans leur moment d’inactivité et pour devenir leur marque de choix.

Quand le marché est-il devenu si rose, si sucré et centré sur les femmes? David Jernigan a passé sa carrière à surveiller cette industrie. Directeur général du Center on Alcohol Marketing and Youth de Baltimore, il cite du milieu à la fin des années 1990 comme période où l’industrie des spiritueux a commencé à cibler les femmes. La bière avait dominé l’Amérique du Nord : la bière était joyeuse, la bière était les sports. Les spiritueux étaient considérés comme ennuyants et son industrie dépérissait.

« L’industrie est devenue extrêmement dynamique pour faire croître le marché, déclare David Jernigan. Elle a cherché qui sous-performait et, bien sûr, elle a trouvé les femmes. Elle avait trouvé une occasion à l’échelle mondiale. » 

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