Les femmes et l'alcool : à votre santé ?

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Publication Date: 
mec, 2012-06-06

« Il s’agit d’une tendance mondiale : plus le pays est riche, moins nombreux sont les abstinents, plus les femmes consomment de l’alcool, et moins grand est l’écart entre les hommes et les femmes, déclare M. Rehms du CTSM. La nouvelle réalité, c’est que la consommation occasionnelle excessive d’alcool est à la hausse, surtout chez les jeunes adultes, dans les pays modernes où les revenus sont élevés, et les femmes sont en grande partie responsables de cette tendance. »

Katherine Keyes précise : « Nous ne sommes pas en train de dire aux femmes qu’elles doivent retourner à la cuisine et poser leur verre de xérès. Par contre,  ces fortes augmentations nous font nous demander si nous allons voir un fardeau de la maladie plus élevé chez les femmes. »

La drogue de choix

Tant pour les hommes que les femmes, l’alcool est la drogue de choix au Canada et cela est lucratif, si l’on ne regarde que d’un côté du grand livre. En 2010, les ventes d’alcool ont totalisé 19,9 milliards de dollars. Les coûts directs liés à l’alcool pour les soins de santé et l’application de la loi dépassent les revenus directs tirés de l’alcool dans la plupart des territoires. « Plus de 80 pour cent de la population âgée de plus de 15 ans boit, dit M. Rehm, ce qui cause beaucoup de décès. L’âge moyen des décès liés à l’alcool est inférieur à 55 ans; on parle alors d’une combinaison de cancers, de maladies du cœur et de blessures. En buvant, les gens se mettent en situation d’avoir des problèmes de morbidité et de mortalité. »

Par rapport à l’alcool, nous vivons dans une culture du déni. Les alcooliques ne représentent que 2 pour cent à peu près de la population et nous sommes plus de 80 pour cent qui buvons. La normalisation répandue d’une plus forte consommation d’alcool se traduit par un fardeau national pour la santé publique. Les 20 pour cent supérieurs des plus grands buveurs consomment 73 pour cent de l’alcool au Canada.

Le fait qu’une grande population de buveurs non dépendants ait une consommation occasionnelle excessive d’alcool a un effet considérable sur la santé et la sécurité dans la communauté. Ce groupe plus important est bien représenté dans le nombre de personnes qui s’absentent du travail, se blessent ou sont hospitalisées. Comparativement aux personnes qui boivent avec modération, les buveurs à risque sont 12 fois plus susceptibles de rapporter des dommages importants, allant de la violence à des accidents de voiture. Aux dires du pragmatique Jürgen Rehm, qui est bien loin d’être prohibitionniste : « Beaucoup de listes d’attente des hôpitaux n’existeraient pas si nous éliminions l’alcool de notre société. »

La plupart des gens savent combien l’abus chronique d’alcool joue un rôle important sur le démembrement des familles, la violence et les blessures, l’invalidité et la mort. Les femmes ont toutefois bien d’autres vulnérabilités physiques quand il est question d’alcool. « Le système hormonal et le métabolisme des hommes et des femmes sont différents, et cela a des implications quant à la tolérance et aux effets physiques à long terme », déclare Dr Joseph Lee, médecin-chef du Hadelden’s Center for Youth and Families à Plymouth, au Minnesota.

Les vulnérabilités des femmes

Les femmes sont vulnérables du simple fait qu’elles ont, en moyenne, plus de tissu adipeux que les hommes. Comme le tissu adipeux contient peu d’eau, elles ont moins de liquide pour diluer l’alcool qu’elles consomment. Elles ont aussi moins d’une enzyme clé de métabolisation — l’alcool déshydrogénase — qui aide le corps à décomposer et à éliminer l’alcool. Par conséquent, une grande partie de ce que les femmes boivent entre dans leur système sanguin. En outre, la fluctuation des niveaux d’hormones signifie que les effets intoxicants de l’alcool se font sentir plus rapidement lorsque les taux d’œstrogènes sont élevés.

La liste est longue. À cause de leur composition chimique, les femmes deviennent dépendantes de l’alcool beaucoup plus rapidement que les hommes. D’autres conséquences, y compris des déficits cognitifs et maladies du foie, se produisent plus tôt chez les femmes, après une exposition beaucoup plus courte à l’alcool. Les femmes qui boivent quatre consommations alcooliques ou plus par jour quadruplent leur risque de mourir d’une maladie du cœur. Les grands buveurs des deux sexes courent le risque d’avoir une attaque hémorragique fatale, mais les risques sont cinq fois plus élevés pour les femmes.

Des considérations particulières, dont il faut prendre conscience, sont associées à chaque période de la vie d’une femme. Si vous êtes une adolescente, voilà comment votre cerveau réagit à  l’alcool : si vous buvez quatre consommations, vous mettez en danger votre mémoire de travail spatiale. La consommation occasionnelle excessive d’alcool à l’adolescence peut interrompre la croissance normale des cellules du cerveau, surtout dans les régions frontales qui sont critiques à la pensée et au raisonnement. En bref, elle endommage les capacités cognitives, surtout chez les jeunes adolescentes. Selon la chercheuse Lindsay Squeglia, auteure principale d’une nouvelle étude publiée dans Alcoholism : Clinical & Experimental Research : « Pendant l’adolescence, le cerveau devient plus efficace et diminue. Chez les buveuses, nous avons constaté que le cortex préfrontal ne s’amincissait pas adéquatement, ce qui a un effet sur la fonction exécutive. »

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