Les femmes et l'alcool : à votre santé ?

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Publication Date: 
mec, 2012-06-06

Une étude publiée dans le numéro de janvier dernier de la revue respectée Addiction remettait en question l’hypothèse largement acceptée qu’un verre de vin rouge par jour protégeait contre les maladies du cœur. Selon Jürgen Rehm, directeur de la recherche sociale et épidémiologique au Centre de toxicomanie et de santé mentale (CTSM) et coauteur de l’article : « Bien qu’une association cardioprotectrice existe entre la consommation d’alcool et la cardiopathie ischémique, elle ne peut pas être présumée dans le cas de tous les buveurs, même à de très faibles doses. L’association protectrice varie selon le genre : des courbes de risque différentes ont été établies selon le sexe, avec des risques plus élevés de morbidité et de mortalité chez les femmes. »

Consommation d’alcool à risque

L’alcool est cancérogène et les risques associés à la consommation d’alcool dépassent grandement les facteurs protecteurs. Depuis quelque temps, on a établi qu’il existe un lien clair de cause à effet entre l’alcool et un grand nombre de cancers, y compris deux des cancers les plus souvent diagnostiqués : le cancer du sein et le cancer colorectal. Selon une étude publiée récemment dans le British Medical Journal, la consommation d’alcool est directement responsable d’un cas de cancer sur dix chez les hommes et d’un cas sur trente-trois chez les femmes. Jürgen Rehm souligne que très peu de Canadiens sont au courant qu’une consommation par jour accroît le risque de cancer du sein. Quadruplez votre consommation et vous quadruplez votre risque.

Quant à la consommation d’alcool hebdomadaire à risque — que l’on définit généralement comme cinq consommations ou plus à au moins une occasion au cours de la semaine passée — les taux ont beaucoup augmenté entre 2003 et 2010 chez les groupes d’âge suivants : jeunes filles mineures, femmes de 25 à 34, celles de 45 à 54 et de 54 à 64. Pendant la même période, les taux de consommation à risque ont grandement baissé chez les jeunes hommes âgés de 18-19 à 24 ans.

Selon Gerald Thomas, analyste principal, Recherche et politique au Centre canadien de lutte contre l’alcoolisme et la toxicomanie (CCLAT), si la mesure était modifiée adéquatement pour le genre féminin, soit quatre consommations plutôt que cinq au cours d’une séance, l’augmentation de la consommation à risque serait probablement entre 35 et 45 pour cent plus élevée dans tous les groupes d’âge. Selon M. Thomas, « personne ne sait si cette tendance à la hausse chez les jeunes buveuses va se traduire par un plus grand nombre de femmes ayant des problèmes d’alcool plus tard dans leur vie. »

Le plus alarmant? Ces chiffres reposent sur des données déclarées par les intéressés et qui ne correspondent pas du tout aux ventes des magasins de vins et spiritueux au Canada. Les chercheurs comme Gerald Thomas savent que les Canadiens et Canadiennes sous-estiment leur consommation de 70 pour cent environ.

Si l’on se fonde sur les chiffres d’achat d’alcool au Canada, on peut établir que nous buvons actuellement 8,2 litres d’alcool pur par personne âgée de plus de 15 ans, en moyenne, sur une base annuelle. Notre consommation est 50 pour cent supérieure à la moyenne mondiale, et on observe une convergence croissante entre les taux de consommation des hommes et des femmes.

En fait, la consommation d’alcool est en augmentation presque partout dans le monde, et dans de nombreux pays, ce sont les femmes qui mènent cette croissance. « Les femmes qui sont maintenant dans la quarantaine et la cinquantaine courent un risque très élevé d’avoir une consommation abusive d’alcool et une consommation hebdomadaire, affirme Katherine Keyes, boursière de recherches postdoctorales à l’Université Columbia à New York et coauteure d’une étude publiée récemment dans Alcoholism : Clinical & Experimental Research. Après avoir examiné 31 études internationales des différences de genre et de génération dans la consommation d’alcool et la mortalité, Katherine Keyes et les coauteurs de cette étude ont conclu que les groupes plus jeunes, surtout les jeunes femmes, couraient un plus grand risque de développer des maladies liées à l’alcool. « Ceux nés entre 1978 et 1983 sont les guerriers du week-end qui boivent pour s’évanouir. Dans ce groupe d’âge, on note une diminution de la consommation chez les hommes et une forte hausse chez les femmes. »

L’étude attire de façon plus importante l’attention sur le rôle critique joué par les éléments sociaux dans la création d’une culture de consommation. « Traditionnellement, on se concentrait sur les facteurs biologiques individuels pour comprendre le risque associé à la consommation d’alcool, déclare Mme Keyes. Cette perspective ignore cependant l’effet des politiques et de l’environnement. » Le facteur protecteur des femmes? Des emplois subalternes. « Les femmes qui occupent des postes supérieurs et travaillent dans des environnements dominés par les hommes courent un risque accru d’avoir des problèmes de consommation d’alcool. »

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