Le dépistage par mammographie

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Publication Date: 
mar, 2012-07-17

Dans le cas du dépistage, ajoute-t-il, « on commence avec des personnes en santé, alors il faut vraiment les informer et les traiter comme des adultes en évitant de faire preuve de paternalisme, surtout dans ce domaine ».

Pour ce faire, poursuit M. Tonelli, le Groupe d’étude compte travailler à fournir aux médecins et aux femmes des outils d’aide à la prise de décision, « et éviter de se borner à les bombarder de chiffres, mais avoir recours à des outils de prise de décision et à des graphiques ».

Mais en Ontario, province la plus populeuse au Canada, des mesures incitatives claires ont été mises en place pour favoriser la participation des femmes aux programmes de dépistage. Ainsi, les médecins de famille sont admissibles à une prime de 2 000 $ s’ils arrivent à inscrire 80 % de leurs patientes âgées de 50 à 69 ans à un programme bisannuel de dépistage par mammographie.

La Dre Ruth Wilson, ancienne présidente du Collège des médecins de famille du Canada, est l’une des architectes du système de primes mis en place en 2001 dans le cadre des cibles de rendement de l’Ontario.

Elle explique que les primes incitatives se fondaient sur les données disponibles à l’époque, qui allaient fortement dans le sens des avantages de la mammographie. Depuis lors, de nombreuses données indiquant l’existence de risques liés à la mammographie se sont accumulées.

« Je crois que la cible de rendement va devoir changer », dit-elle, mais elle ajoute qu’il est difficile de « compter ou d’évaluer » dans quelle mesure les médecins discutent avec leurs patientes des avantages et des inconvénients de telle ou telle autre façon de procéder.

Toutefois, les nouvelles données doivent être prises en ligne de compte : « C’est la nature de la médecine. Beaucoup, beaucoup de choses ont changé au cours de ma vie. Des choses que nous croyions mordicus être justes se sont révélées fausses, et des choses que nous jugions fausses se sont révélées justes », dit Mme Wilson. 

En plus des préjudices potentiels décrits précédemment, des données récemment obtenues indiquent que certains petits cancers, que l’on ne peut détecter qu’au moyen de l’imagerie, finissent par régresser ou par disparaître d’eux-mêmes. 

Pour ces raisons et d’autres, le Dr Steven Narod, chercheur émérite dans le domaine du cancer du sein, fait remarquer que les avantages du dépistage sont « plus grands pour les femmes atteintes d’un cancer du sein qui s’est propagé aux ganglions lymphatiques que pour celles atteintes d’un cancer sans envahissement ganglionnaire ». 

On peut lire ce qui suit dans une brochure de l’Agence de la santé publique du Canada : « Même si la mammographie permet de détecter un cancer, votre qualité de vie ou votre nombre d’années à vivre pourraient ne pas changer. Certains cancers du sein dépistés ne causeraient pas autrement de problème (p. ex. cancers du sein à croissance lente), car les femmes mourraient d’une autre cause. Donc, si les femmes atteintes de tels cancers n’avaient pas subi de dépistage, elles auraient pu ne jamais se savoir atteintes du cancer et n’auraient pas été traitées. »

Mais les programmes de dépistage du cancer du sein sont bien enracinés. En 2008, 72 % des femmes de 50 à 69 ans au Canada ont rapporté avoir subi une mammographie au cours des deux années précédentes, selon Statistique Canada.

« Je crois que le public doit reconnaître que pour des raisons nobles et moins nobles, l’industrie des soins de santé va toujours promouvoir plus de dépistage, et que les gens bien intentionnés offriront toujours plus de dépistage, car ils craignent davantage de passer à côté d’un cas que de découvrir un trop grand nombre de cas », dit Steven Lewis, consultant en politiques de soins de santé et professeur auxiliaire en politiques de la santé à la Simon Fraser University.

Ann Silversides est une journaliste indépendante et une auteure qui se spécialise dans le domaine des politiques en matière de santé.

 

Le Groupe d’étude canadien sur les soins de santé préventifs compte mettre au point des outils d’aide à la prise de décision pour aider les femmes à décider si elles souhaitent ou non subir une mammographie de dépistage. 

Entre-temps, deux brochures visant à faciliter cette prise de décision sont disponibles, l’une produite par l’Agence de la santé publique du Canada, et l’autre par le réseau Cochrane Collaboration.

De plus, l’ouvrage intitulé Dr. Susan Love’s Breast Book (édition 2010) comporte un chapitre entier sur les enjeux liés au dépistage du cancer du sein.

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