Pas un magasin de fleurs : Une exploration des risques de cancer du sein et des préjugés liés au genre

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Publication Date: 
mar, 2012-07-17

 « Nous avons beaucoup appris de cette dernière étude…  Elle nous a permis de mieux comprendre le processus. Nous savons maintenant à quoi ressemble une usine de matières plastiques, à quoi ressemblent les machines, ce qu’elles font, s’il y a un risque d’exposition à différentes parties des composantes du plastique, où la poussière, les vapeurs et les colles se trouvent…  cette étude nous a vraiment ouvert les yeux. » –Margaret Keith

Le milieu de travail peut être particulièrement dangereux dans l’industrie automobile et la fabrication des pièces en plastique ne fait pas exception. Jim Brophy et Margaret Keith ont examiné les rapports publiés par l’industrie et les gouvernements sur l’inspection de l’hygiène et noté l’utilisation de la surveillance de la qualité de l’air pour prouver la sécurité. Cependant, prélever des échantillons d’air dans les zones de travail des usines ne dresse pas le portrait réel de ce à quoi le personnel est exposé. En fait, des études antérieures indiquent, au moyen d’échantillons de sang et d’urine, que la charge corporelle (la quantité totale de substances toxiques pouvant être détectées dans le corps à tout moment donné) des travailleuses et des travailleurs exposés à des substances chimiques comme l’acrylonitrile, le styrène, les phtalates, les agents ignifuges bromés et le bisphénol A, tous utilisés dans l’industrie des pièces d’automobile en plastique, est beaucoup plus grande que celle de la population en général.

Surveiller la qualité de l’air ne protège pas les travailleuses et les travailleurs. Les niveaux dits « sécuritaires » sont en fait fixés selon ce qui est rentable pour l’industrie. Aussi, les fiches signalétiques de sécurité de produit (les fiches de renseignements qui accompagnent toutes les substances chimiques), lorsqu’elles sont disponibles, sont soit incomplètes, soit inintelligibles selon le personnel. Le mauvais fonctionnement des machines et la défectuosité du matériel sont courants et contribuent aux dangers dans les milieux de travail, tout comme l’équipement de sécurité inadéquat et l’absence de ventilation appropriée.  Par exemple, selon le livre à paraître Consuming Chemicals: Law, Science and Policy for Women's Health, il est affirmé dans un rapport de 1990 sur l’hygiène industrielle :

« Les expositions à des composés organiques volatils découlant du collage par pulvérisation sont élevées et les travailleuses auront besoin d’une protection respiratoire lorsqu’elles travailleront dans la cabine est. Actuellement, la sortie du ventilateur d’évacuation de la cabine se trouve à l’intérieur de l’usine et l’air est recyclé. »

La conscience du genre et de la classe

Jim Brophy et Margaret Keith suggèrent que le préjugé lié au genre joue un rôle dans le fait que les femmes soient protégées ou non des innombrables substances et procédés auxquels elles sont exposées dans leur milieu de travail. Dans l’industrie des matières plastiques, les femmes se retrouvent surtout en général dans les divisions d’opération des machines et de décoration. Selon les participantes à l’étude menée au moyen de groupes de discussion subventionnés par le RPSFM, la seule usine de fabrication de matières plastiques qui avait une main-d’œuvre majoritairement masculine avait aussi un système de ventilation à la fine pointe de la technologie. La discrimination de classe joue peut-être aussi un rôle; la population du comté de Windsor-Essex est surtout composée de cols bleus et les femmes de la classe ouvrière sont apparemment invisibles lorsqu’il s’agit de protéger leur santé et leur bien-être dans des emplois à risque élevé.

« Il y a ce terrible préjugé en matière de classes sociales qui domine la recherche et la politique en matière d’hygiène publique. Des règlements administratifs sur les pesticides sont prévus pour les populations urbaines, par exemple, à cause du danger que représente l’exposition aux pesticides, surtout pour les enfants, mais on ne parle pas du risque très élevé auquel sont exposés les milieux agricoles. Ils y sont beaucoup plus exposés que nous… Pourquoi en est-il ainsi? Parce qu’une fois qu’on commence à explorer l’environnement de travail, on lutte finalement contre les relations de pouvoir de notre société et les intérêts acquis qui dominent et contrôlent la politique gouvernementale et la recherche sur le cancer et la réglementation. On n’attire donc pas l’attention du public sur les risques dans le milieu de travail. » – Jim Brophy

Malgré un certain activisme syndical, la situation des femmes qui travaillent dans l’industrie des pièces d’automobile en plastique a peu changé en dix ans. Cependant, si l’on souhaite protéger les femmes et les générations futures, il faut qu’il y ait un effort collectif concerté de la part du gouvernement, de l’industrie, des syndicats et des travailleuses et des travailleurs pour que ces changements se réalisent. Il faut améliorer les protocoles d’essai, réévaluer les normes et les lignes directrices en matière de réglementation, et mener de plus amples recherches sur l’effet synergique des mélanges chimiques sur le corps humain. Selon l’étude de Jim Brophy et de Margaret Keith, aucune travailleuse de l’industrie des matières plastiques n’a jamais reçu de compensation pour avoir développé le cancer du sein.  Du point de vue de la politique publique, ils demandent : « Que faire devant l’incertitude scientifique et les connaissances incomplètes? »

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