Pas un magasin de fleurs : Une exploration des risques de cancer du sein et des préjugés liés au genre

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Publication Date: 
mar, 2012-07-17

 « Nous avons les histoires de vie de près de 2 200 femmes qui vivent dans le comté d’Essex, et c’est une histoire incroyable qu’elles ont à raconter. Nous devons écouter les populations à risque et non pas simplement rejeter leurs commentaires. Le grand public est bien en avance sur l’establishment du cancer, qui semble être tout à fait à l’aise avec le rôle apparemment anodin de l’environnement, et de ses effets, tandis que le commun des mortels se dit : « Bien sûr que cela a un effet. ». – Jim Brophy

La culture de l’automobile

L’industrie automobile mondiale est en pleine croissance. En 2010, le nombre de véhicules construits à l’échelle mondiale a dépassé allègrement 77 millions, soit une hausse de 26 pour cent par rapport à l’année précédente. Occupant le onzième rang à l’échelle internationale, l’industrie automobile canadienne a produit plus de 2 070 000 véhicules automobiles en 2010, soit 39 pour cent de plus qu’en 2009. Le comté d’Essex à lui seul compte plus de 500 usines de fabrication, qui alimentent directement et indirectement l’industrie automobile.

Une automobile moyenne aujourd’hui contient entre 120 et 150 kilogrammes de pièces en plastique. L’industrie des matières plastiques au Canada est aussi en croissance, puisqu’elle génère près de 21 milliards de dollars chaque année et emploie plus de 90 000 personnes. Les femmes représentent 37 pour cent de la main-d’œuvre de cette industrie, plus que dans toutes les autres industries manufacturières.  Environ 18 pour cent de l’ensemble de l’industrie des matières plastiques est consacré à la fabrication de pièces d’automobile. Malgré cela, il y a une tendance à la baisse dans la fabrication de pièces d’automobile en plastique au Canada.

 « Au cours des cinq à dix dernières années, on a assisté à une énorme désindustrialisation au Canada, en particulier en Ontario, le cœur de l’industrie manufacturière de ce pays, où des centaines de milliers d’emplois industriels ont été perdus. Ces gens vivent littéralement depuis dans l’angoisse. Ils vivent de l’insécurité parce que leur emploi est précaire. Ils ne savent pas si d’un instant à l’autre ils vont perdre leur emploi, et cela donne à la santé et à la sécurité une aura de luxe que personne ne peut se payer. Nous ne sommes pas d’accord avec cette logique, mais nous comprenons que c’est la réalité de ces gens. » – Jim Brophy

À lui seul, le comté d’Essex compte plus de 20 usines de fabrication de pièces d’automobile en plastique, et la plupart sont des petites et moyennes entreprises. La main-d’œuvre y est féminine dans 60 à 80 pour cent des cas. Ces femmes font partie d’une main-d’œuvre qualifiée; de nombreuses femmes travaillent en effet dans l’industrie des matières plastiques depuis des années et occupent des emplois très variés, pourtant, très peu d’entre elles sont syndiquées. Les conditions de travail reflètent ce fait : les personnes qui travaillent dans les usines de fabrication de pièces en plastique de l’industrie automobile les décrivent souvent comme des lieux enfumés, chauds et malodorants, qui produisent une « soupe toxique » de produits chimiques rejetés, accumulés et éjectés par les divers procédés nécessaires pour fabriquer les nombreuses composantes en plastique entrant dans la construction d’un nouveau véhicule.

Les femmes tombent malades et souffrent notamment d’asthme, de maux de tête, de nausée, de saignements de nez et de vertige. Ce qui est plus alarmant encore, toutefois, c’est que les femmes souffrent de maladies de l’appareil reproducteur, de fausses couches et de cancer, surtout le cancer du sein.

Les taux de « C » sont en hausse

Depuis la fin des années 1960, l’incidence du cancer du sein n’a cessé d’augmenter au Canada. Bien que les femmes soient plus susceptibles de mourir d’un cancer du poumon ou d’une maladie du cœur, le cancer du sein est le cancer le plus souvent diagnostiqué chez les Canadiennes. Selon Statistiques Canada, le cancer du sein représente 30 pour cent de tous les nouveaux cas (à l’exclusion du cancer de la peau avec mélanome bénin) et les taux les plus élevés se retrouvent chez les femmes âgées de 60 ans et plus, mais c’est aussi à présent la forme de cancer la plus courante chez les jeunes adultes et la principale cause de décès dans cette population.

Environ 23 400 femmes recevront un diagnostic de cancer du sein cette année, et plus de 5 000 femmes en mourront. En Ontario, on diagnostiquera cette maladie à 9 000 femmes et 1 950 d’entre elles n’y survivront pas. Le Canada occupe le deuxième rang du monde quant au taux le plus élevé de cancer du sein après les États-Unis. Il s’agit bien d’une épidémie, quelle que soit la définition donnée à ce terme. 

J’ai travaillé dans une usine de produits plastiques pendant cinq ans et puis, à 32 ans, j’ai développé un cancer du sein. Il y a six ou sept cas de cancer du sein dont nous sommes au courant. Toutes sont âgées de moins de 50 ans. » – Participante d’un groupe de discussion subventionné par le RPSFM

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