Le revenu et la santé des femmes

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  • Comment le revenu influe-t-il sur la santé des femmes ?
  • Quelles sont les femmes qui sont pauvres ?
  • Pourquoi les femmes sont-elles plus pauvres que les hommes ?
  • Comment la pauvreté mine-t-elle la santé ?
  • Quelles sont les mesures à prendre pour éliminer la pauvreté et améliorer la santé des femmes ?

Comment le revenu influe-t-il sur la santé des femmes ?

En général, les personnes ayant un revenu plus élevé jouissent d'une meilleure santé et d'un plus grand accès aux soins, alors que les personnes à plus faible revenu ont une espérance de vie plus brève et davantage de problèmes de santé. Malheureusement, le taux de pauvreté au Canada est à la hausse et le nombre de femmes pauvres est plus élevé que celui des hommes.

Le revenu influe sur tous les aspects de notre vie, que ce soit le lieu où nous vivons, ce que nous mangeons et portons et les moyens que nous utilisons pour aller où nous voulons nous rendre. Tout est une lutte pour une personne à faible revenu : transporter l'épicerie ou la lessive en autobus, utiliser un téléphone public au lieu d'avoir le téléphone à la maison, lire les journaux à la bibliothèque. Pour les personnes à faible revenu, les facteurs entraînant des risques pour la santé sont les suivants :

  • des logements inadéquats, où il y a de la moisissure, un air ambiant de mauvaise qualité, un chauffage inadéquat, pas d'eau chaude, etc.;
  • des vêtements inadéquats pour affronter les temps froids;
  • un accès restreint aux supermarchés ou à des aliments nutritifs à prix abordables, comme des fruits, des légumes ou du lait frais;
  • un accès restreint à des soins et produits non couverts par l'assurance-santé, comme les médicaments;
  • un accès restreint aux moyens de communication (comme le téléphone et Internet);
  • un accès restreint à l'éducation menant à un niveau de connaissances sanitaires peu élevé, possibilités d'emploi réduites, etc.;
  • l'isolement social;
  • peu de ressources pour gérer les crises, p. ex. du temps, des connaissances, un accès à des professionnels, etc.; et
  • un taux de stress plus élevé en raison d'un manque de temps pour les loisirs et de pressions financières accentuées.

Quelles sont les femmes qui sont pauvres ?

Les femmes sont plus nombreuses que les hommes à vivre dans la pauvreté en raison de divers facteurs sur lesquels les femmes n'exerce aucun contrôle. Voici quelques données :

  • De façon globale, une femme sur cinq vit dans la pauvreté.
  • Le taux de pauvreté est plus élevé chez les femmes seules. Plus de la moitié des mères monoparentales et la moitié des femmes âgées de plus de 65 ans vivant seules sont pauvres.
  • Un couple marié sur dix vit dans la pauvreté. (Conseil national du bien-être social, Profil de la pauvreté 1996)
  • Si les femmes de ces couples se retiraient du marché du travail et qu'un seul des deux partenaires touchait un salaire, le nombre de couples pauvres grimperait à un sur quatre.

Certains groupes de femmes sont plus vulnérables face à la pauvreté et risquent particulièrement d'être frappés de pauvreté. Au Manitoba, une étude (Women, Income and Health in Manitoba) a révélé l'information suivante :

  • Plus d'un quart (27 pour cent) des femmes handicapées sont pauvres.
  • Près de 43 pour cent des femmes autochtones vivant hors-réserve sont pauvres, comparativement à 35 pour cent chez les hommes autochtones, 20,3 pour cent chez les femmes non autochtones et 16,4 pour cent chez les hommes non autochtones.
  • Trois femmes de minorités visibles sur dix (32 pour cent) vivent dans la pauvreté, bien qu'elles soient plus nombreuses que les autres femmes à occuper un emploi à temps plein.
  • Il existe peu de recherches sur les lesbiennes et la pauvreté. Toutefois, une étude menée à Winnipeg a révélé que 14 pour cent des hommes gais de plus de 65 ans ont un revenu inférieur au seuil de la pauvreté, comparativement aux lesbiennes aînées dont le taux s'élève à 43 pour cent. (Virginia McKee, « Seniors survey identifies double discrimination for senior lesbians », Herizons, printemps 1999, p. 9)

Pourquoi les femmes sont-elles plus pauvres que les hommes ?

Les causes de pauvreté chez les femmes sont complexes et sont liées aux politiques et aux attitudes sexistes et racistes envers les femmes, ainsi qu'au type de travail qu'elles font. Voici quelques faits qui expliquent la pauvreté chez les femmes :

  • Les femmes gagnent d'argent que les hommes. Les emplois tenus surtout par des femmes offrent en général un salaire inférieur ou sont à temps partiel. Le revenu de toutes sources avant impôts que touchent les femmes équivaut en moyenne à 62 pour cent de celui des hommes, selon les données provenant du recensement de 2001. Les femmes constituent les deux tiers de la main d'œuvre à salaire minimum et les deux tiers de la main d'œuvre à temps partiel. De plus, les salaires des femmes sont inférieurs à ceux des hommes dans presque tous les créneaux d'emploi.
  • Les femmes sont encore beaucoup confinées dans des emplois moins rémunérés, comme les services à l'enfance, le travail de secrétariat, les centres d'appel et l'industrie du textile.
  • La plus grande part du travail de femmes n'est pas rémunérée. Les femmes prodiguent plus de 80 pour cent des soins non rémunérés au Canada.
  • Les femmes vivent plus longtemps que les hommes. Au Canada, la moitié des femmes âgées de 65 ans et plus vivant seules sont pauvres parce qu'elles ne touchent aucune rente liée à l'emploi.
  • La plupart des familles monoparentales sont dirigées par des femmes, et le revenu de cette catégorie de familles a diminué davantage que celui des familles moyennes.
  • L'argent génère l'argent, et les femmes sont plus nombreuses à être privées des ressources, comme du capital, des biens fonciers, des possibilités d'emprunt, qui leur permettraient de se sortir de la pauvreté.
  • Les femmes sont plus nombreuses à être privées d'un accès à l'éducation. Bien que les femmes soient plus nombreuses à détenir des diplômes d'universités canadiennes, l'augmentation des frais de scolarité rend l'accès à l'éducation de plus en plus difficile. De plus, les femmes reçoivent en général moins d'heures de formation dans le cadre de programmes éducatifs.
  • Le racisme constitue une cause majeure de pauvreté. Une étude réalisée en 2003 intitulée « If Low-Income Women of Colour Counted in Toronto » démontre que le racisme est un facteur important dans la problématique de la pauvreté des femmes puisqu'il entraîne une discrimination de la part des employeurs et des locateurs et privent cette population de logements et de soins à l'enfance de bonne qualité, à prix abordables.

Comment la pauvreté mine-t-elle la santé ?

Santé Canada reconnaît le revenu et le statut social comme l'un des douze déterminants de la santé. Chaque déterminant interagit avec chacun des autres. Par exemple, les femmes qui ont un revenu peu élevé et qui appartiennent à un groupe faisant l'objet de racisme risquent davantage de subir de la violence. Les femmes autochtones sont moins scolarisées, ont un revenu moins élevé et une espérance de vie plus courte, comparativement aux femmes non autochtones.

Le revenu influe sur la santé à tout âge, du stade prénatal à l'étape de la vieillesse. Voici quelques exemples qui illustrent cet impact :

  • L'alimentation et la sécurité, sans mentionner l'accès aux soins prénataux, influent sur la santé du fœtus.
  • Le quartier où réside un enfant influe sur son accès à l'éducation ou à des loisirs.
  • Des emplois stables diminuent le stress imposé aux parents et donc aux enfants.
  • Les revenus de rentes déterminent l'accès qu'ont les aînés à une alimentation adéquate, à des activités qui les gardent alertes, à des soins dentaires et à des médicaments d'ordonnance ou autres.
  • Les enfants souffrant de malnutrition ont des capacités d'apprentissage réduites sur le plan social et scolaire.
  • Un revenu confère aux femmes un pouvoir dans leurs relations, notamment dans les relations intimes.
  • Les femmes privées de ressources financières personnelles risquent particulièrement de subir de la violence de la part de leurs partenaires. La violence entraîne des problèmes de santé graves chez les femmes battues ou agressées. Bien que la violence existe dans toutes les cultures, dans tous les groupes ethniques et religieux et à tous les niveaux de revenus, les femmes pauvres sont particulièrement limitées dans leurs choix. Il est difficile pour les femmes de quitter une relation où règne la violence si elles n'ont pas d'argent.

L'argent constitue un outil essentiel pour prendre en charge sa propre vie. Les personnes à faible revenu ont en général peu d'accès aux ressources. Lorsqu'un problème survient, elles n'ont pas les outils pour corriger la situation. Cette situation mine leur confiance en elle-même et peut mener à un sentiment de désespoir et à la dépression. Il n'est donc pas étonnant d'associer la pauvreté à la maladie mentale - bien qu'il soit parfois difficile de déterminer lequel de ces deux éléments précède l'autre.

Quelles sont les mesures à prendre pour éliminer la pauvreté et améliorer la santé des femmes ?

L'enrayement de la pauvreté est une mission extrêmement difficile. Par ailleurs, il existe des preuves à l'effet que l'amélioration de la santé des pauvres mène aussi à l'amélioration de la santé de toute la collectivité.

Les groupes de femmes travaillent depuis des décennies à la réalisation des étapes fondamentales menant à l'élimination de la pauvreté chez les femmes. Ces étapes incluent :

  • L'équité en matière d'emploi-favoriser l'accès à l'éducation et à des emplois mieux rémunérés pour les femmes, les Autochtones et les personnes de minorités visibles.
  • L'équité salariale-des salaires plus élevés pour les emplois tenus surtout par des femmes.
  • L'introduction d'un crédit d'impôts remboursable pour les aidantes naturelles-une reconnaissance concrète pour tous les soins non rémunérés que les femmes prodiguent.
  • La mise en place de politiques de logement social, pour assurer que toutes les familles accèdent à des logements de qualité, à prix abordables.
  • La mise en place d'un système de garderies nationales, pour que toutes les mères et tous les parents puissent choisir d'occuper un emploi rémunéré et pour que tous les enfants puissent jouir d'un vécu enrichissant à l'étape de la petite enfance.
  • Le maintien d'un système de santé universel.
  • La mise en place d'un système pour les soins à domicile bénéficiant d'un financement adéquat et de ressources axées sur la collectivité.

Des études réalisées dans les pays en développement ont démontré que l'amélioration de la situation financière des femmes mène au mieux-être de toute la collectivité. Avons-nous vraiment les moyens de laisser encore les femmes sombrer dans la pauvreté ?