Les femmes plus âgées et la sexualité ... parle-t-on encore seulement de lubrification?

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Publication Date: 
mar, 2012-07-17

Prenons l’exemple des retraités migrateurs canadiens. Lors d’une conférence sur le VIH en 2009, la chercheuse en gérontologie Katie Mairs a indiqué qu’elle avait interrogé 299 retraités migrateurs de plus de 50 ans qui hivernaient en Floride. L’étude a révélé que la plupart d’entre eux étaient sexuellement actifs et que presque la moitié était sortie avec au moins un(e) Floridien(ne).

En Floride, les aînés représentent 17 pour 100 de tous les cas de VIH, soit la même proportion des 65 ans et plus dans la population générale. Dans ce groupe d’âge, les nouveaux cas augmentent plus rapidement que chez les personnes de moins de 40 ans. Seulement 47 personnes des personnes interrogées (17,7 pour cent) avaient subi un test de dépistage du VIH. Moins de 25 pour cent des hommes et très peu de femmes utilisaient des condoms. Le Senior HIV Intervention Project à Fort Lauderdale indique que les femmes de plus de 60 ans appartiennent à l’un des groupes à risque qui connaît la croissance la plus rapide.

Les femmes postménopausées souffrant de sécheresse vaginale courent un plus grand risque de contracter des ITS. Le VIH, par exemple, s’attaque aux globules blancs. Le foyer d’infection contient davantage de globules blancs de sorte que le vagin irrité ou enflammé d’une femme offre un terrain propice au virus, lequel peut ensuite atteindre directement son système sanguin.


Pour les femmes qui mènent une vie autonome, les questions liées à la sexualité sont déjà assez difficiles. Qu’en est-il des femmes qui vivent dans des établissements de soins prolongés? Dans ces établissements, les soignants ne reçoivent pas suffisamment de formation sur la santé sexuelle des aînés. Par crainte des liquides organiques, ils formulent souvent des demandes de formation, et ce, même s’ils adoptent les « pratiques de base » (anciennement appelées « précautions universelles ») pour la prévention des infections. À mesure que la population vieillit, de plus en plus de ces établissements devront prendre soin de personnes atteintes du VIH ou du sida. Toute formation sur la santé sexuelle devrait d’abord commencer par vérifier avec les soignants s’ils se sentent à l’aise de discuter de sexualité une fois qu’on les a rassurés en abordant les aspects liés à la santé et à la sécurité. 
Plusieurs aspects entrent en ligne de compte dans la formation du personnel soignant. Par exemple, les personnes avec un partenaire en centre d’hébergement et de soins de longue durée n’apprécieront pas les atteintes à leur vie privée. Un deuxième aspect est le consentement. Comment savoir si une femme qui souffre de déficience cognitive souhaite avoir des relations sexuelles avec un partenaire? Certains établissements ont recours à la médication pour contrôler les pulsions sexuelles des aînés. Il y a aussi une question de consentement. Est-ce que le personnel a un rôle à jouer dans l’aide à apporter aux aînés pour qu’ils aient des relations sexuelles mieux protégées, par exemple en les aidant à enfiler un condom? Il y a également des problèmes d’équité. Est-ce qu’une femme qui a vécu au grand jour comme lesbienne pendant toute sa vie d’adulte ressentira le besoin de retourner dans le placard? Que dire d’une personne qui est née avec un corps de garçon et qui est devenue une femme une fois adulte? Ce qui était privé ne l’est plus dans un établissement de soins de longue durée. Nous devons nous préparer collectivement et individuellement à aborder ces questions au fur et à mesure qu’elles surviennent.

Les gens ont des idées préconçues sur leur propre état de santé. « Je me sens bien » n’est pas un diagnostic médical. Puisque la plupart des gens ignorent qu’ils ont contracté une infection (environ 75 pour cent des femmes infectées par la chlamydia ne le savent pas), le fait de demander à une personne si elle est « correcte » ne suffit pas. Et si on pose la question, est-ce que l’on suggère que ses antécédents sexuels ne sont peut-être pas entièrement irréprochables?

Ainsi, même si un peu de lubrifiant se révèle très utile, il est clair que les besoins des femmes requièrent beaucoup plus d’attention et un juste portrait de la réalité.

Lyba Spring a récemment pris sa retraite du Bureau de santé publique de Toronto et dirige maintenant l’entreprise de services-conseils et d’éducation en santé sexuelle Lyba Spring Sexual Health Education and Consulting Services, établie à Toronto.

 

En attendant que la recherche comble le retard, voici certaines choses que vous pouvez faire :

Ne tenez pas pour acquis que votre médecin procédera à un dépistage des ITS lors de votre visite pour un test Pap. Demandez-lui de subir un test de dépistage pour la chlamydia et la gonorrhée. Si vous avez des raisons de croire que vous avez été exposée au VIH, demandez de subir un test sanguin ou rendez-vous à une clinique où il y a un point de service pour le dépistage rapide.

Ne pensez pas qu’un nouveau partenaire n’a pas d’ITS. Même une personne qui a subi des tests de dépistage pour les ITS mentionnées ci-dessus peut avoir contracté le virus du papillome humain ou l’herpès.

Renseignez-vous sur les ITS, y compris le VIH et le sida. L’unité de services de santé de votre localité est une bonne source d’information.

Déterminez les risques que vous êtes prête à prendre. Parlez de protection avec un nouveau partenaire. Si vous avez des partenaires masculins, apprenez à utiliser les condoms.

Si vous jugez que votre médecin ne s’empressera pas de vous prescrire une ordonnance, parlez-lui de tous vos problèmes d’ordre sexuel, y compris la panne de désir ou la sécheresse vaginale.