Prévenir les blessures professionnelles : les blessures des tissus mous

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Dans quelles parties du corps ressent-on de la douleur ?

Vos épaules sont courbaturées. Vos bras, vos jambes ou vos pieds sont endoloris. Votre dos fait mal. Toutes ces douleurs ne sont pas simplement attribuables au fait de vieillir ou d'être en mauvaise forme. En fait, elles sont fréquemment liées au travail que l'on fait et, notamment, au type de travail que font les femmes.

De nos jours, plus de la moitié de toutes les blessures signalées à des commissions canadiennes d’indemnisation des accidents de travail relèvent « d’entorses et de microtraumatismes ».

Et plus de femmes que d'hommes ont rapporté souffrir d'une blessure des tissus mous causée par le travail. Voici quelques exemples :

  • Les travailleuses de la santé éprouvent des maux de dos.
  • Les opératrices de machine à coudre se plaignent de problèmes au niveau des épaules et du cou.
  • Les caissières de banque et de magasin qui travaillent en position debout souffrent de blessures aux jambes et aux pieds.
  • Les travailleuses qui utilisent un ordinateur souffrent de problèmes au niveau des mains, des poignets, du cou et des épaules.

Habituellement, ces blessures se développent à notre insu. Souvent, les femmes touchées continuent à travailler, en essayant de surmonter la douleur ou de ne pas tenir compte des picotements aux mains qu'elles ressentent pendant la nuit. Or ces blessures peuvent devenir très douloureuses et même conduire, dans certains cas, à une incapacité permanente. Selon la zone blessée, d'autres tissus peuvent être touchés. La personne souffrante aura du mal à accomplir non seulement son travail mais aussi les activités de la vie quotidienne, comme se brosser les dents, soulever ses enfants, ouvrir une porte, préparer les repas ou transporter des sacs de provisions.

Quels termes emploie-t-on pour désigner ces blessures ?

Les tissus mous désignent les muscles, les tendons, les ligaments, les nerfs et tout autre tissu rattaché aux os; ce sont eux qui nous permettent de rester debout ou assis, de nous déplacer et de nous détendre. S'ils sont utilisés pour exécuter des mouvements autres que ceux pour lesquels ils sont conçus, ils finissent par « protester ». Les blessures qui en résultent sont regroupées dans la catégorie des troubles muscolo-squelettiques liés au travail. Elles comprennent :

  • les troubles consécutifs aux traumas cumulatifs;
  • les blessures dues à la sollicitation excessive et au surmenage; et
  • les microtraumatismes répétés.

Les blessures des tissus mous regroupent des affections spécifiques telles que:

  • le syndrome du canal carpien (nerfs qui traversent le poignet);
  • la discopathie dégénérative (colonne vertébrale);
  • l'épicondylite (« tennis elbow » et épicondylite des golfeurs);
  • les douleurs myo-fasciales/myalgie (tissus recouvrant les muscles);
  • le syndrome de la coiffe des rotateurs (tendons de l'épaule);
  • la sciatique (nerf courant de la jambe aux disques);
  • la tendinite (tendons); et
  • la ténosynovite/maladie de Quervain (gaine entourant un tendon).

Quelles sont les causes de la douleur ?

Les blessures de tissus mous liées au travail peuvent être attribuées aux facteurs de risque suivants ou, bien souvent, à l'interaction entre ces derniers :

  • la répétition : notamment dans le cas des micromouvements;
  • la force : soulever, pousser, tirer, vibrations, pressions de contact;
  • la posture inconfortable et statique (une seule position);
  • l'environnement de travail : température, lumière, bruit, humidité; et
  • l'organisation du travail : intensité, rythme et durée du travail, mesure dans laquelle on a son mot à dire, équipement et outils utilisés, relations de travail.

Les femmes peuvent occuper des postes portant le même titre que ceux qu'occupent les hommes, tout en exécutant en fait des tâches bien différentes. Le travail des femmes est souvent caractérisé par la répétition, les mouvements de précision, les positions statiques ou inconfortables et des tâches plus lourdes qu'il n'y paraît à première vue. En voici quelques exemples :

  • Les opératrices d'appareils de traitement de texte et de saisie des données, les techniciennes de laboratoire, les couturières et les caissières font un travail répétitif.
  • La plupart des outils, des postes de travail et des équipements sont conçus pour être utilisés par un homme de « taille moyenne ». Les bureaux, les bancs de montage et les transporteurs à courroie sont souvent trop élevés ou trop larges pour les femmes, ce qui les force à allonger les bras ou à s'étirer. De plus, toute mise en charge statique (c'est-à-dire le fait de conserver une posture pendant un certain temps) est éprouvante pour le corps. Ceci inclus la position debout, que doivent adopter de nombreuses femmes au travail (p. ex. les caissières et les vendeuses).
  • Le travail accompli par les femmes n'est pas toujours « léger ». Les travailleuses de la santé déplacent des patients, quel que soit le poids de ceux-ci. Soulever des objets légers à répétition peut se traduire par une lourde charge à la longue. À titre d'exemple, une caissière d'épicerie remplit et soulève en moyenne quelque 300 kg en sacs de provisions chaque jour.

Comme le démontrent les exemples suivants, l'organisation du travail a une incidence sur tous les autres facteurs en jeu.

  • Les contraintes de temps jouent un rôle important lorsqu'on fait affaire avec le public, emballe des produits ou saisit des données. Si on ne dispose pas du temps nécessaire pour bien faire son travail ou prendre une pause, ces contraintes font accroître le nombre de répétitions et la force utilisée.
  • Nombre de travailleuses ne peuvent négocier ni la façon dont elles exécutent leur travail ni le temps qu'elles y consacrent.
  • Le manque d'équipement adéquat pour déplacer les patients expose les travailleuses de la santé aux risques de blessures du dos.
  • Le manque de respect, le harcèlement sexuel et les préjugés sont des facteurs de stress additionnels, généralement associés à de maigres salaires.

Les études démontrent que le stress causé par ce genre de facteurs accroît les risques de blessures des tissus mous, notamment en ce qui concerne le dos, le cou et les épaules.

Comment prévenir les blessures des tissus mous ?

La prévention est le meilleur moyen d'éviter les problèmes de santé et de sécurité au travail. Pour prévenir les blessures des tissus mous, on fait appel à l'ergonomie, une discipline qui étudie les moyens d'adapter les outils de travail et les tâches aux travailleurs et travailleuses. En voici un aperçu :

  • des surfaces, des équipements et des postes de travail entièrement ajustables;
  • un choix d'outils convenant à des mains de différentes tailles et à différentes tâches;
  • des appareils mécaniques accessibles pour soulever des personnes ou des objets;
  • des fauteuils ou des sièges debout-assis entièrement ajustables; et
  • des dispositions anti-stress telles que :
    • avoir son mot à dire sur la manière d'exécuter son travail;
    • varier les tâches;
    • avoir un calendrier de travail, un horaire et des pauses raisonnables;
    • employer un nombre suffisant de personnes; et recevoir une formation adéquate et utiliser de l'équipement ergonomique.

Que faire si je souffre d'une blessure des tissus mous liée au travail ?

En vertu de la loi, l'employeur est tenu, de veiller à ce que le milieu de travail soit sain et sécuritaire pour tous ses employés. Il est le mieux placé pour apporter les changements nécessaires en vue de prévenir les accidents. Toutefois, il arrive parfois que le travailleur ou la travailleuse et son syndicat doivent lutter afin de trouver des solutions. Voici des exemples de mesures que l'on peut prendre :

  • Déposez une demande d'indemnisation des accidentés du travail.
  • Observez si d'autres personnes éprouvent des problèmes semblables à l'aide d'une représentation graphique du corps ou du milieu de travail, d'un sondage ou d'une enquête informelle.
  • Aménagez votre espace de travail et votre équipement de manière à accomplir vos tâches dans la position la plus neutre et détendue possible.
  • Demandez de l'aide pour soulever des personnes ou des objets.
  • Rapportez toute blessure à votre employeur (et à votre syndicat).
  • Demandez à votre employeur, à votre syndicat ou au service gouvernemental de la santé et de la sécurité de procéder à une étude de votre travail et de recommander des changements.
  • Invoquez votre droit de refuser d'accomplir une tâche que vous estimez dangereuse.
  • Veillez à votre propre bien-être :
    • Consultez votre médecin pour obtenir un congé de maladie, un allègement de la tâche, une attelle, ou pour être référé vers un médecin spécialiste.
    • Consultez votre médecin spécialiste (rheumatologue, physiatre ou spécialiste de la réadaptation) ou une clinique d'ergothérapie.
    • Envisagez différents recours : massage, physiothérapie, chiropratique, exercices (p. ex. le yoga, la méthode Pilates, la technique Alexander, le tai-chi).
    • Observez vos pauses, faites une marche à l'heure du lunch et des exercices au travail (comme des roulements des épaules et des étirements).
    • En ce qui concerne les travailleuses autonomes, dont le nombre ne cesse d'augmenter, il est de leur responsabilité de créer leur propre environnement de travail afin d'éviter toute blessure.

Où puis-je trouver plus d’information ?

Révisé juin 2013.