Y a-t-il des avantages pour les femmes enceintes à prendre des antidépresseurs?

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Publication Date: 
mec, 2009-09-30

L’équipe de Mme Mintzes a recensé huit études qui se penchaient sur des cas de femmes enceintes ayant reçu un diagnostic de dépression. Dans tous les cas, les études comparaient les résultats relevés chez les mères qui prenaient des antidépresseurs à ceux des mères qui ne recevaient aucun type de traitement. Mme Mintzes a noté qu’aucune étude ne comparait les femmes enceintes qui prenaient des médicaments de catégorie ISRS à celles qui recevaient d’autres types de traitement, comme la thérapie cognitive-comportementale, ou qui faisaient régulièrement de l’exercice.

L’ampleur et la qualité des huit études variaient, ainsi que l’intensité de la dépression vécues par les participantes. Toutes les études étaient fondées sur l’observation. Donc, bien qu’elles aient comporté des groupes de contrôle, elles comparaient les femmes qui choisissaient de prendre des antidépresseurs avec des femmes qui choisissaient de ne pas en prendre. Les différences entre les femmes qui prenaient ces médicaments et les femmes qui n’en prenaient pas compliquaient l’interprétation des résultats. Par exemple, certaines souffraient de dépression depuis très longtemps, d’autres de dépression très graves, ce qui n’étaient pas le cas de toutes.

Cinq des huit études étaient très limitées et avaient été réalisées selon des méthodes de recherche moins rigoureuses. Dans de tels cas, Mme Mintzes note qu’il était difficile de cerner les raisons qui expliquaient les nombreux problèmes chez les nourrissons. Était-ce l’exposition au médicament ou était-ce en raison des différences entre les femmes qui prenaient des antidépresseurs et celles qui n’en prenaient pas? L’étude avait-elle pris en compte des problématiques comme la pauvreté, un facteur connu comme ayant une incidence sur la dépression et la santé des nourrissons? Les trois études plus importantes et plus scientifiquement crédibles examinées par l’équipe de recherche avaient été réalisées auprès de larges échantillonnages de femmes. L’un d’eux incluait toutes les femmes de la Colombie-Britannique ayant accouché entre 1998 et 2001.

Par ailleurs, après s’être penchés sur ces études, les chercheurs ont conclu qu’aucune d’entre elles, petites ou grandes, n’avait démontré un quelconque effet bénéfique découlant de la prise d’antidépresseurs. « Lorsqu’un traitement est appliqué de façon généralisée et qu’il n’existe aucune preuve scientifique qui en confirme les bienfaits, nous avons toutes les raisons d’être préoccupés », affirme Mme Mintzes.

L’équipe de Mme Mintzes s’est également penchée sur des études effectuées auprès de femmes qui n’étaient pas enceintes pour déceler des preuves secondaires indiquant l’existence ou l’absence de bienfaits chez les femmes enceintes. Son constat a été le suivant : il n’existe aucune preuve confirmant que les ISRS donnent de meilleurs résultats, comparativement aux traitements non médicamentés (comme la psychothérapie), pour ce qui est de la plupart des types de dépression. Elle craint donc que les bienfaits des ISRS chez les femmes adultes, enceintes ou non, n’aient été exagérés. Il faut considérer aussi le fait que les diagnostics de dépression sont souvent établis à tort. Un examen systématique des études a révélé que les médecins de famille établissent 15 diagnostics de dépression erronés, pour 10 diagnostics adéquats.

Quant aux effets sur les bébés, les études ont démontré que les enfants nés de femmes médicamentées aux ISRS sont 4,2 % (1 sur 24) plus à risque de développer une détresse respiratoire et 0,6 % (1 sur 159) plus à risque de souffrir d’une malformation cardiaque que les enfants nés de mères dépressives non médicamentées. Ces données indiquent que les nourrissons exposés aux antidépresseurs semblent avoir une santé plus fragile à certains égards, en comparaison aux enfants qui n’ont pas subi une telle exposition. Ces données s’ajoutent à un corpus important de documentation portant sur les effets nocifs de la consommation d’antidépresseurs pendant une grossesse.

« La question est la suivante : Pourquoi ce traitement est-il très souvent recommandé aux femmes enceintes alors qu’il n’existe aucune preuve scientifique qui en confirme les bienfaits? », demande Mme Mintzes. « La recommandation donnant feu vert à l’utilisation d’ISRS pendant une grossesse ne s’appuie sur aucun fondement. »

Quelques statistiques sur les ISRS

  • Au Canada, les antidépresseurs figurent parmi les médicaments les plus prescrits aux femmes en âge de procréer.
  • En 2003 et 2004, 11 à 14 % des femmes âgées de 25 à 39 ans et vivant en Colombie-Britannique ont reçu au moins une ordonnance pour des antidépresseurs.
  • En 2008, 80 % des Canadiennes qui ont parlé de dépression à leur médecin ont reçu une ordonnance, généralement pour des ISRS.
  • En 1998, un peu plus de 2 % des femmes enceintes en C.-B. faisaient usage d’antidépresseurs. En 2001, le taux avait grimpé à 5 %.

 

Jane Shulman est courtière en conaissances au Réseau canadien pour la santé des femmes

Visionnez le webinaire! (en anglais)  www.rcsf.ca

Le RCSF travaille présentement à la rédaction d’un feuillet d’information exhaustif qui portera sur les ISRS et la grossesse. Vous pourrez bientôt le télécharger en visitant le www.rcsf.ca

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