La rue des femmes

Taille du texte: Normal / Moyen / Grand
Version imprimableVersion imprimable
Publication Date: 
jeu, 2010-09-30

Pour illustrer ses propos, Léonie raconte l’histoire d’une femme qui vivait dans l’une des maisons de La rue des Femmes. Pendant deux ans explique-t-elle, elle n’a jamais dormi dans la chambre. Elle dormait sur le sol, juste à l’extérieur de la pièce. Elle était terrifiée à l’idée de dormir dans une chambre parce que c’est dans un lieu semblable qu’elle a subi les premiers actes de violence qui lui ont infligé des traumatismes. Personne à La rue des Femmes ne lui a posé de questions sur le fait qu’elle dormait dans le couloir. On ne lui a jamais demandé de dormir dans sa chambre. Son comportement était accepté et au fil du temps, nous en avons compris les raisons. C’est ce qu’elle devait faire afin de se sentir suffisamment en sécurité pour dormir. Une nuit, de façon inattendue, elle a commencé à dormir dans sa chambre, mais sur le sol, à côté de son lit, avec tous ses vêtements. Elle avait besoin de sentir qu’elle pouvait fuir au milieu de la nuit si elle se sentait menacée.

Léonie donne en exemples de nombreux autres cas de femmes violentées, qui vivent des situations vraiment terribles. Il est difficile pourtant d’imaginer que nous, en tant que société, ne faisons pas le lien entre la violence perpétrée contre les femmes et les filles derrière des portes closes, partout au pays – des faits que nous connaissons – et les femmes en état d’itinérance que nous croisons dans la rue. Selon elle, la souffrance est leur dénominateur commun, et La rue des Femmes a pour objectif d’offrir une solution de rechange et de les aider à reprendre du pouvoir sur leur vie. Un travail aussi émotionnellement exigeant peut facilement mener à l’épuisement professionnel, mais Léonie précise que la ressource offre de nombreuses formations soutenantes, qui permettent au personnel de demeurer équilibré, d’assurer une cohésion et de ne pas perdre de vue la valeur du travail accompli. Parfois, il faut se rappeler que nous sommes toutes blessées, d’une manière ou d’une autre, même si nous n’aboutissons pas toutes dans la rue. Les travailleuses sont des femmes exceptionnelles et méritent d’être appuyées.

En terminant ce long entretien, Léonie parle d’avenir. « Nous créons constamment des moyens qui pallient l’inefficacité du système de réinsertion. Il faut les créer pour soutenir les personnes plus fragiles. Nous pouvons changer le monde, un pas à la fois. »

Jane Shulman est directrice de l’échange des connaissances au Réseau canadien pour la santé des femmes.

Cet article a été publié originalement dans la revue Progressive Choices Magazine et Herizons en 2007. Léonie Couture assure toujours la direction de La rue des Femmes. Dans une conversation récente, elle affirme que la maison d’hébergement continue d’offrir des services uniques aux femmes en état d’itinérance et à les accueillir telles qu’elles sont. Par ailleurs, elle a passé beaucoup de temps à réfléchir et à concevoir d’autres voies de soutien.

« Nous avons approfondi nos réflexions concernant l’appui que nous offrons aux femmes qui fréquentent notre ressource pour les aider à guérir leurs blessures », dit-elle. « Nous nous intéressons aux théories de la santé relationnelle, qui portent sur la création de liens. Si les femmes peuvent se pencher sur ces blessures, elles peuvent peut-être rétablir des contacts avec le monde, se sortir de l’exclusion et trouver un chemin qui les sortira de l’itinérance. »

Fichier attachéTaille
Network_13_1FR.pdf1.01 Mo