Faire tomber les murs

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Publication Date: 
jeu, 2010-09-30

Nous savons que les femmes criminalisées comptent parmi les groupes les plus marginalisés de la société. Elles proviennent souvent d’un milieu social et économique difficile. Les participantes à notre étude, comme bien d’autres détenues, étaient au chômage ou occupaient des emplois instables, ne gagnant qu’un faible salaire avant et après l’incarcération. La majorité était des mères seules. La plupart avaient subi dès l’enfance des traumatismes ou de la violence, expériences qui se sont reproduites plus tard dans leur vie adulte. La toxicomanie et la maladie mentale sont également des problèmes fréquents. Un nombre disproportionné de répondantes étaient des femmes autochtones victimes d’oppression de nature historique, culturelle et personnelle. Contrairement aux observations rapportées dans des études précédentes, qui caractérisent les femmes criminalisées comme des personnes ayant un faible niveau d’instruction, la plupart des femmes que nous avons interrogées avaient terminé leur diplôme d’études secondaires; un pourcentage élevé avait fréquenté le collège ou l’université. Ce constat donne à penser que l’éducation ne leur a pas permis d’accéder à la sécurité économique; elle pourrait même les avoir conduites vers des circonstances de vie précaires.

Notre enquête montre que les systèmes correctionnels provinciaux offrent très peu de programmes ou de services destinés à remédier aux problèmes sociaux et économiques que connaissent les détenues. Les services de santé sont lacunaires dans les prisons. Les médecins ne s’y rendent qu’une fois par semaine, si bien que les listes d’attente sont longues. Même lorsque les détenues réussissent à obtenir un rendez-vous, leurs problèmes médicaux ne sont pas traités, de manière générale, dans le respect des règles de confidentialité, tant par le personnel médical que correctionnel; d’ailleurs, une employée de la prison doit assister à toute consultation. De plus, les ressources en matière de santé mentale et de toxicomanie sont insuffisantes pour répondre aux besoins. Les intervenantes spécialisées dans l’un ou l’autre domaine ne visitent habituellement la prison qu’une fois par semaine; il est courant de ne pouvoir consulter que l’une ou l’autre. Quant aux programmes d’aide comme Alcooliques et Narcotiques anonymes, ils sont mixtes la plupart du temps; un grand nombre de places sont réservées aux détenus de sexe masculin. Par ailleurs, peu de programmes d’emplois sont offerts au sein du système carcéral. À la différence des établissements fédéraux, les prisons provinciales ne paient pas les détenues pour les travaux de cuisine, de blanchisserie ou de nettoyage qu’elles effectuent. Enfin, les participantes à notre étude n’avaient que rarement bénéficié, avant leur sortie de prison, de ressources susceptibles de les aider plus tard à affronter les nécessités de la vie, sur le plan du logement, de l’aide sociale, du soutien ou des programmes. Le seul programme offert dans tous les établissements correctionnels était de nature scolaire, mais le niveau d’instruction inférieur à celui de la majorité des répondantes. L’absence de programmes, de services et de ressources fait en sorte que dans bien des cas, les femmes qui retournent vivre dans la collectivité se retrouvent dans une situation économique et sociale encore pire qu’avant leur détention.

Au moment de notre enquête, la grande majorité des programmes, ressources et services destinés aux femmes dans les prisons étaient offerts par des groupes à but non lucratif comme la Société Elizabeth Fry et différents organismes confessionnels. En fait, la prestation de services axés sur les déterminants sociaux de la santé – les facteurs les plus souvent responsables de la criminalisation des femmes et de leur incarcération subséquente – était assurée principalement par des organismes de l’extérieur. Dans les prisons où ils n’interviennent pas, les répondantes ont rapporté recevoir très peu de soutien.

Les répondantes ont décrit le milieu carcéral comme un environnement néfaste pour leur bien-être général. Puisque la majorité séjournait dans un établissement mixte, les inégalités entre les sexes ressortent tout particulièrement. Les détenues étaient logées dans des cellules plus petites que celles des hommes; la promiscuité était chose courante. Dans une prison en particulier, des répondantes ont rapporté qu’elles étaient régulièrement obligées de dormir sur le sol de la bibliothèque en raison du manque de lits. Souvent, la liberté de mouvement des détenues est plus restreinte que celle des hommes, ce qui signifie qu’elles ne peuvent pas toujours accéder aux aires communes comme la cafétéria et la « cour ». Nombreuses sont celles qui ont rapporté avoir passé de longues périodes – certaines jusqu’à plusieurs semaines consécutives – sans pouvoir sortir à l’extérieur pour prendre l’air. On explique souvent ces inégalités de traitement en invoquant que les femmes représentent une petite proportion de la population carcérale par rapport aux hommes. Peu importe leur nombre, une telle pratique viole leurs droits fondamentaux. Un autre exemple de traitement inégal dans les prisons provinciales concerne les programmes correctionnels; quand ils étaient offerts, la priorité était souvent donnée aux hommes. Un plus grand nombre de places leur étaient réservées à l’école et dans les programmes comme Alcooliques et Narcotiques Anonymes. Il est difficile de déterminer si l’accès est réellement déterminé par la proportion hommes-femmes au sein de la population carcérale. Quoi qu’il en soit, le fait de restreindre la participation a empêché les femmes qui auraient voulu se prévaloir des programmes de le faire.

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